L’extase du selfie – Philippe Delerm (2019)

Delerm

Et si nous nous attardions sur les petits gestes du quotidien ?

Philippe Delerm dans ce nouveau livre « d’instantanés littéraires » pose des mots sur nos gestes.

Avec finesse, il dissèque ces moments fugaces, ces gestes mécaniques et coutumiers.

Ainsi, ce recueil offre un sens à la manière de tenir un verre négligemment sans le boire, de plier un drap, d’acquiescer sans savoir à quoi, de passer la main sur un livre…

Il offre un nouvelle signification aux gestes contemporains avec « l’extase du selfie » ou « les embarras du vapotage » ou au contraire redonne vie à des gestuelles ancrés comme « d’une seule main la clémentine » ou « l’heure au gousset ».

Une description du quotidien réalisée avec finesse et acuité par l’auteur, j’apprécie toujours autant la capacité remarquable de Philippe Delerm à mettre des mots sur nos propres ressentis.

J’ai eu la chance d’être invitée à la rencontre avec l’auteur dans les locaux de Babelio. Ainsi, nous avons pu échanger avec lui autour de ce livre.  J’ai aimé son regard, sa vision du selfie qu’il évoque comme une manière « de se rapprocher de soi-même tout en s’éloignant » ou encore cette manière insidieuse d’attendre avec délectation pour boire un verre de vin comme pour être « maître du temps ».

Dans ce nouveau livre, Philippe Delerm perce à jour nos postures corporelles et les laissent suspendues dans un doux moment de poésie.

Note : 7/10

Citations :

« Ce qui est bien c’est d’être soi, que la main soit si ronde, que l’on devienne l’élégance un peu flatteuse d’une geste faussement distrait, l’éternité d’une soif qui jamais ne s’étanche »

« On vient de vous offrir ce livre. Il recèle par essence une promesse de solitude, d’éloignement, de silence ».

 

 

 

 

 

La nuit des temps – Barjavel (1968)

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Envie de se détacher de son quotidien ?

Un pari amplement réussi avec « La nuit des temps » de Barjavel. Classique de la littérature où se mêle avec virtuose science fiction, roman d’amour et découverte scientifique.

Une expédition française au coeur de l’Antarctique révèle un trésor enfoui depuis plus de 900 000 ans.

Cette découverte aboutira à la création d’une expédition regroupant les plus grands scientifiques et experts de la planète dont Simon un éminent professeur. Pour percer ce mystère dissimulé au coeur de la glace, cette expédition se surpasse et doit faire face aux intérêts des grandes puissances.

Nichées au coeur de la glace, les explorateurs décèlent deux sphères où reposent une femme, Eléa, et un homme, Coban, d’une beauté irréelle. Ces humains sont le vestige d’une civilisation éteinte depuis des millénaires.

L’équipe prendra la décision historique de réveiller une des créatures endormie. Au-delà de la découverte scientifique, Simon rencontre alors Eléa.

Cette femme bouleversa à jamais son avenir. Pourtant, elle est pour toujours destinée à un autre homme, Païkan, son seul et unique amour resté enfermé des années en arrière…

Ce classique de la littérature française nous offre l’équilibre parfait entre aventure et amour tragique. Je suis restée conquise par la vision de l’humanité livrée par Barjavel, par la force des émotions qu’il véhicule tout au long de son roman mais aussi par l’attraction de ce livre.

Note : 10/10 – Coup de ❤

Citations :

« Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité »

« Son visage grave était lumineux de confiance et d’élan. Elle était pareille à la plante nouvelle, gonflée de jeunesse et de vie, qui vient de percer le sol obscur, et tend vers la lumière la confiance parfaite et tendre de sa première feuille, avec la certitude que bientôt, feuille après feuille, elle atteindra le ciel… »

 

 

 

Le collaborateur – Louis Aragon (1945)

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Et si la plume était une arme ?

Aragon nous propose une littérature combattante avec ce recueil de trois nouvelles publiées clandestinement pendant la seconde guerre mondiale.

Dans une note datée de 1964, Aragon décrivait à propos de ce recueil :

« Il est difficile à l’auteur de relire cette dernière nouvelle, écrite dans la colère d’un temps où les faits parlaient plus haut que le sens humain ».

La première nouvelle, les rencontres, nous décrit les destinées croisées de Pierre Vandermeulen, surnommé Julep, un journaliste et Emile Dorin, un militant communiste.

Si Pierre ne partage pas les opinions engagées d’Emile, sa force et son courage semblent peu à peu le fasciner. Pierre prend conscience qu’il ne faut pas laisser les camarades derrière lui et voit ses convictions bousculées.

Puis, dans « le collaborateur », Aragon nous dresse le portrait de Grégoire Picot, un réparateur radio qui prône « la logique » comme étendard pendant l’occupation allemande. Ouvertement collaborateur, pour Gégoire Picot les allemands font simplement leur devoir. Mais serait-il envisageable pour lui de basculer dans l’autre camp ?

Enfin, dans « le droit romain n’est plus », nous faisons la connaissance d’une jeune allemande, Lotte Müller, qui se désoeuvre sous l’occupation. Sa seule distraction s’avère être les exécutions successives prononcées par le tribunal militaire allemand présidé par le commandant Von Luttwitz-Randau. Très vite, ils vont, tous les deux, faire face à un groupe de maquisards qui remettra leur adhésion au parti en cause…

Dans ces trois nouvelles, Aragon porte la voix de « l’autre camp » et donne la parole aux collaborateurs et occupants pendant la seconde guerre mondiale. J’ai aimé l’angle d’approche d’Aragon qui pour mieux comprendre l’indicible a décidé de donner la parole « à l’autre ». 

A cet égard, j’ai beaucoup apprécié la nouvelle « le collaborateur » qui humanise cet autre qui nous apparaît si monstrueux.

Ces nouvelles portées par la belle plume d’Aragon amènent le lecteur à réfléchir…

Note : 7/10

Citations :

« Et quand il y en a un de tombé, il faut que dix autres se lèvent ».

« Le grand cheval, d’ailleurs, il était pacifiste, avant guerre. Alors, il a changé sans avoir changé. Il faut de la logique. Il croyait à la paix par le chambardement, maintenant il croyait à la paix par la collaboration ».

 

Les ombres errantes – Pascal Quignard (2002)

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Perplexité,

C’est le premier mot qui vient à ma mémoire en évoquant ce livre. J’aborde pour la première fois l’oeuvre vaste et inspirante de Pascal Quignard avec « Les ombres errantes »

Auréolé du prix Goncourt, ce recueil de pensées nous ouvre la voie sur sa vision du monde et de l’humain. Une approche construite à travers le prisme de la mort, de la nature et de la littérature.

Pascal Quignard fait également de nombreuses références à l’histoire sous forme d’images comme pour illustrer son propos.

Il m’apparaît difficile de vous donner un résumé de cet oeuvre tant le fil de sa pensée s’avère décousu.

Sa vision de la littérature m’a beaucoup touchée puisqu’elle redonne une véritable place à la lecture dans la société.

Cependant, j’ai trouvé ce texte, pour ma part, ardu et difficile d’accès. A la fois conquise par la force de certaines citations, je n’ai néanmoins pas réussi à m’accrocher à l’ensemble du livre et je suis comme « passée à côté » de ses pensées.

Pour autant, j’ai vraiment envie de faire une nouvelle tentative pour découvrir son oeuvre qui m’apparaît inspirante et profonde. J’envisage de m’atteler à son livre « tous les matins du monde ».

En effet, si j’ai eu des difficultés à accéder à son propos, la beauté de nombreux passages n’en demeure pas moins fulgurante.

Note : 5,5/10

Citations :

« L’attraction qu’exercent sur moi les livres est d’une nature qui restera toute ma vie plus mystérieuse et plus impérieuse qu’elle peut le sembler à d’autres lecteurs ».

« Les nuages noirs dans le ciel, comme ils se déchiraient, la voûte bleue parut soudain dans un état de nudité dont il m’est difficile de donner l’idée. Le bleue était frais et luisant au fond du ciel noir ».

« Il y a dans lire une attente qui ne cherche pas à aboutir. Lire c’est errer. La lecture est l’errance ».

« J’ai cherché dans tout l’univers le repos et je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs que dans un coin avec un livre ».

« La mer était sans écume, lissée, extrêmement brillante, resplendissante. Chaque vague était comme une grande tuile d’or qui s’élevait, qui avançait ».

Journal de L. – Christophe Tison (2019)

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Et si nous donnions la parole à Lolita ?

L’oeuvre magistral « Lolita » de Vladimir Nabokov publié en 1955 nous avait fait découvrir un des personnages les plus envoûtants de la littérature à travers la voix de son ravisseur, Humbert Humbert.

Dans l’imaginaire public, Dolorès Haze dit « Lolita » est demeurée une jeune fille énigmatique. Christophe Tison a percé son secret en partant sur ses traces.

Il publie son journal rédigé de 1947 à 1952 sous le prisme de ses rencontres masculines et nous dévoile le tournant de son adolescence.

A la mort de sa mère, Lolita, est détenue par son beau-père, Humbert Humbert, qui l’emmène pour un long voyage à travers l’Amérique. Chaque nuit, cet homme l’a rejoint dans son lit.

Son innocence et son enfance lui sont brutalement enlevées. Lolita navigue entre sa volonté de fuir et cette sidération qui la retient sous la coupe de son beau-père.

Peu à peu, elle prend conscience de ses charmes et parviendra à en user. Elle percevra ses rencontres avec de nouveaux hommes comme le début de sa délivrance. Pourtant, la jeune fille sombrera encore davantage dans l’obscurité.

Christophe Tison a tenté un parallèle osé avec le célèbre roman de Vladimir Nabokov. En changeant de point de vue et en redonnant la parole à son héroïne, il réussit avec brio à mettre en lumière Lolita et dessine cette enfance brisée avec une extrême sincérité.

Le célèbre roman de Vladimir Nakobov méritait cette démystification. Vladimir Nabokov, avec sa plume magistrale, avait réussi à humaniser son ravisseur et faisait de « Lolita », une nymphette sexualisée. Pour sa part, Christophe Tison a donné enfin la parole à la victime silencieuse en nous livrant ses plus profondes confessions.

Si le roman de Vladimir Nabokov reste inégalable, le personnage de Lolita, sous le regard de Christophe Tison, m’a profondément émue.

Ce livre m’a emportée et m’a donné aussi l’envie de redécouvrir le classique « Lolita » dont ma lecture remonte à plusieurs années…

Merci à Babelio et aux éditions Goutte d’Or pour l’envoi de ce livre.

Note : 8,5/10

Citations : 

« La première neige est tombée. Tout est pur, vierge. En allant à l’école, j’ai marché dans l’air glacé et mes pas dans le tapis de neige semblaient ouvrir un chemin que personne jamais n’avait emprunté ».

« Une pleine mer de sperme qui n’appartient à personne, à aucun de ces hommes, et qui est la loi des grands singes, leur violence première et l’aliment de leur folie ».

« C’est un long après-midi, les minutes sont des heures. Dehors, le soleil brûle, dévaste tout, mais il pénètre doucement dans sa chambre à travers les persiennes closes, comme s’il savait que se passait là quelque chose d’intime et de profond ».

 

 

 

Une histoire des loups – Emily Fridlund (2017)

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Pour débuter cette rentrée et si nous évoquions un roman mêlant drame et suspens ?

Madeline est une adolescente qui semble, sous certains aspects, déjà adulte mais s’avère surtout terriblement seule. Elevée par des parents distants issus d’une communauté hippie, elle grandit dans une cabane en pleine forêt et aux abords d’un lac, très loin du confort de la ville.

Sa solitude la conduira à espionner les nouveaux voisins installés dans la maison juste en face du lac. Elle découvre, à travers ses jumelles, un couple parfait ainsi qu’un jeune enfant, âgé de 4 ans.

Elle finit par rencontrer cette voisine mystérieuse, Patra, qui lui propose de garder son fils. Madeline, qui se présente sous le nom de Linda, se rapproche de cette famille modèle finissant peu à peu par l’intégrer. Elle emmène le jeune enfant, Paul, à la découverte de la forêt.

Un trio paisible se forme entre Patra, Madeline et le jeune garçon. Cependant, le retour du père de Paul avec son caractère indécelable accentue l’angoisse naissante.

Complètement fascinée par Patra et par les rapports familiaux qui se nouent entre le jeune enfant et ses parents, Madeline ne décèle pas la noirceur sous-jacente qui conduira jusqu’au drame…

Si le lecteur est rapidement mis dans la confidence du décès de Paul, Emily Fridlund choisit de semer des indices afin d’en expliciter au fil du roman les causes.

Je n’ai pas été complètement tenue en haleine durant tout le roman. En effet, la montée en puissance de l’intrigue m’a parue assez lente. J’aurai également aimé aller plus en profondeur dans l’analyse de la psychologie des personnages. Le pouvoir des croyances conduisant à l’impensable donne au lecteur l’envie de comprendre ce qui conduit l’humain à de telles extrémités.

Pour ma part, j’ai trouvé que le roman conserve jusqu’à la dernière ligne sa dose de mystère.

J’ai été quelque peu désarçonnée par ce roman énigmatique mais néanmoins conquise par les ressorts psychologiques abordés par Emily Fridlund ainsi que sa jolie plume. Un premier roman réussi qui donne envie d’en découvrir davantage…

Note : 6,5/10

Citations :

« L’épaisseur visqueuse de l’eau glissait sous moi – combien d’années d’étés étais-je restée étendue sur ce lac ? Je sentis l’empreinte exacte laissée par mon corps dans l’eau, l’estampe d’une fille maigre, et après avoir flotté un moment à la surface, je retins ma respiration et plongeai. »

« L’enfer et le paradis sont deux manières de penser. La mort et la croyance erronée que tout chose puisse avoir une fin »

Concours

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CONCOURS 3 livres à gagner 🎁

Un an déjà que la très belle aventure de mémoires de livres a commencé 🎂

Pour l’occasion j’ai envie de vous faire plaisir avec :

– « La vraie vie » d’Adeline Dieudonné, une claque littéraire ;
– « Une journée d’automne » de Wallace Stegner, un drame superbement écrit ;
– « Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson, un instant de voyage avant la fin de l’été

Rendez-vous sur la page Instagram de mémoires de livres pour participer !

La femme aux cheveux roux – Orhan Pamuk (2016)

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Entre le conte, le mythe, la légende et la pure vérité, Orhan Pamuk sait parfaitement transporter son lecteur.

La magie de cette lecture fonctionne dès les premières lignes. Le narrateur, le jeune Cem est élevé par un pharmacien gauchiste et une mère aimante. Cependant, il va se retrouver très vite confronté à l’absence de son père.

Afin de gagner un peu d’argent avant d’entrer à l’université, il se fait embaucher par Maître Mahmut, un puisatier.

Il apprend le travail rude d’apprenti puisatier et s’attache peu à peu à son maître qui lui offre une figure paternelle de substitution. Lors de cet été à Öngören, à proximité d’Istanbul, Cem fait la connaissance d’une femme aux cheveux roux, comédienne de la troupe ambulante installée dans le village.

Dès qu’il croise son regard, il en tombe amoureux et fera tout son possible pour la revoir.

L’amour d’été qui se tisse entre le jeune homme et la comédienne se trouve vite balayé par un grave accident survenu sur le chantier. Cet été marquera à jamais la destinée de Cem

Un récit imprégné par les mythes où les rapports entre père et fils sont omniprésents. Le lecteur navigue entre les légendes d’Oedipe, de Rostam et Sohrâb, mais aussi au travers de la destinée de Cem et de la femme aux cheveux roux…

Ce livre nous interroge sur la filiation, la force de la destinée et le poids de la culpabilité.

Véritable conteur, Orhan Pamuk a réussi à me transporter dans la Turquie moderne et a créé une histoire très finement menée.

Entre légende et réalité, Orhan Pamuk nous offre une fable contemporaine envoûtante.

Note : 8,5/10

Citations :

« Plutôt que de nous élever vers le ciel pour atteindre la clarté des étoiles, avions-nous raison de chercher à nous enfouir dans la terre sur laquelle nous étions couchés ? »

« Tout l’univers, je le percevais, mais le penser m’était plus difficile. C’est la raison pour laquelle je voulais devenir écrivain. Je pourrais réfléchir et coucher par écrit toutes les images et les émotions que je n’arrivais pas à exprimer »

« Il t’est impossible d’être libre si tu réfléchis aux conséquences. La liberté, c’est l’oubli de l’histoire et de la morale ».

Magnifica – Maria Rosaria Valentini (2016)

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Au coeur d’un petit village italien niché à proximité d’une forêt, Ada Maria grandit.

Sa famille dysfonctionnelle est composée d’une mère fragile, d’un père absent et d’un petit frère qu’elle se fait un devoir de protéger.

Ada Maria, timide et réservée, est pourtant le socle de cette famille défaillante. Véritable mère pour son jeune frère, elle comble les vides et porte à bout de bras ses proches.

A la mort de sa mère, Ada Maria se retrouve seule avec son frère. Son père, devient de plus en plus invisible et se réfugie la plupart du temps chez son amante : Teresina.

Peu à peu, Teresina s’intègre dans la maison et un équilibre familial se recompose tant bien que mal.

En parallèle, une rencontre bouleversera le quotidien d’Ada Maria. Au tréfonds de la forêt vit un homme reclus dans une grotte. Tout d’abord, prise de peur, elle s’enfuit lors de leur première entrevue. Puis, peu à peu, se tisse une véritable relation entre la jeune fille et cet homme qui s’avère être un soldat allemand.

La nouvelle de cette idylle se répand dans tout le village et vient bouleverser un équilibre familial déjà précaire.

Un roman empreint de délicatesse et de poésie. La trame lente de la narration est agréable. Je me suis laissée docilement portée par cette histoire familiale construite autour de personnages attachants.

Les émotions finissent par se glisser dans les silences des personnages et la douceur qui se révèle entre les lignes.

Une lecture sans prétention qui s’avère idéal pour l’été !

Note : 6,5/10

Citations : 

« Au coeur des heures silencieuses se dessinait l’amour. Celui qui jamais n’existe, mais dilate des rêves de verre et confond, apaise, poursuit les découvertes ».

« Ada Maria décrivait à Benedikt cette petite fille qui ressemblait au battement d’ailes d’une palombe, à la branche verdoyante d’un hêtre, aux tressautements d’un papillon ».

Une journée d’automne – Wallace Stegner (1937)

Stegner - unejournée d'automne

Et si par ses chaleurs caniculaires, nous retournions l’espace d’un instant en Automne ?

C’est la proposition alléchante qui nous est faite par Wallace Stegner dans ce court roman demeuré longtemps inconnu en France.

Au décès de son père, Elspeth, la jeune soeur de Margaret, regagne la ferme familiale située dans l’Iowa. Elspeth, une jeune femme pétillante se révèle pleine de légèreté, de fantaisie et de joie de vivre.

Elle s’immisce peu à peu entre sa soeur, Margaret, digne et raisonnable et son époux, Alec, un jeune homme rieur et spontané.

A l’ombre des feuilles d’autonome, un triangle amoureux se noue jusqu’à la tragédie. Le rapprochement entre Elspeth et Alec apportera une rupture nette et indissoluble.

L’équilibre familial s’en trouvera, à jamais, dévasté. La maison ne devient plus que silence et solitude, chacun restant enfermé dans sa culpabilité, sa colère ou son sentiment de trahison.

Les deux femmes deviennent les ombres d’elles-mêmes. La description de cette déshumanisation est superbement retranscrite par l’auteur.

J’ai follement apprécié la plume de Stegner à la fois âcre et profonde. L’efficacité du fil narratif est implacable. Le lecteur est rapidement transporté dans ce court roman.

La très belle écriture de Stegner révèle à la fois la force de ses personnages et l’impasse dramatique qui se noue au fil du livre.

Note : 8,5/10

Citations :

« Un jour, l’ayant surpris, elle lui demanda d’en déchiffrer les paroles, et le soir dans sa chambre, nota tout ce dont elle se souvenait, en se remémorant à la lueur paisible de sa lampe la nostalgie mélancolique de la complainte et le Viking calme et blond qui la lui avait chantée sans gêne »

« Cette passion-là était morte étouffée dans les geôles irrespirables de la culpabilité »

« Les années s’écoulèrent comme du sable sous leurs pieds, les saisons se succédèrent au même rythme lent, du premier rouge-gorge et des premiers boutons de lilas à la chaleur étouffante de l’été, aux trilles métalliques des grillons et aux lucioles illuminant le velours noir de la nuit ; des dernières flammes du sumac et de l’érable à la longue attente de l’hiver ; puis de nouveau les premières pointes de crocus sous la neige ».